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Chrara

> création pour calligraphie et corps de Nja Mahdaoui et Latifa Fekiri

13 et 14 mars 2002
Maison des Cultures du Monde
101 boulevard Raspail - 75006 Paris

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Mahdaoui Nja, Peintre
Fekiri Latifa
Madani Ezzeddine

Après les chants sacrés, cette seconde partie aborde une nouvelle approche du corps en terre d'islam. Nja Mahdaoui, le grand artiste calligraphe tunisien a imaginé et créé Chrara (étincelle), un spectacle qui associe le corps à l'écriture, à partir de deux textes extraits de Kiteb el Alif du dramaturge tunisien Ezzedine Madani.
La comédienne Latifa Fekiri élabore graduellement à l'aide du jeu et de la danse son itinéraire initiatique, transgressant toute aspiration de sacralité rituelle. Elle improvise et exécute une danse inspirée des graphismes élaborés par Nja Mahdaoui pour cette performance. Elle sculpte dans l'espace de nouvelles formes, célèbre la lettre d'une culture de mutation, et met en valeur l'esthétique et la beauté abstraite des calligraphies de Nja Mahdaoui.

La transcendance ne passe pas forcément par le verbe, ni le verbe par la transcendance. N'eût été la trans -
cendance, il n'y aurait point de lettre et n'eût été la lettre, la parole, le discours, le texte, il n'y aurait point
de transcendance. Ils ne font qu'UN. Il ne peut en être autrement. Le pouvoir qu'il soit politique, religieux,
mystique, économique, social ou linguistique, est un foyer de coercition, de toute puissance, de majesté ;
il établit les normes, provoque des contrariétés, suscite l'auto-défense. Du pouvoir procède innovation,
création, invention.
En un mot le pouvoir est logos.
Il ne peut être autrement : la lettre est origine, fondement, pilier, mystère, praxis, pensée, signe, communication.
Par la lettre la transcendance passe de la puissance à l'acte. Le pouvoir médiatise la lettre qui en garde les
secrets ; ces secrets sont des lieux.
La lettre se sublime en pensée dans la transcendance. La lettre médiatise la transcendance pour les hommes.
La lettre est le signe de la transcendance, c'est pour cela qu'elle coexiste avec la transcendance en un tout
indivisible.
La transcendance est une présence dialectique : elle est originelle ; la lettre en procède.
La lettre est contingence
La transcendance est absence.
La transcendance est inimitabilité.
La lettre est tension vers cette inimitabilité.
La lettre est cercle mystique.
La lettre est espace de culture.
La transcendance englobe ce cercle et cet espace.
La transcendance est vie.
La lettre essaye d'épouser la vie.
La lettre est subalterne.
La transcendance est essentielle.
Et l'essence n'est que subalterne.
Le subalterne n'a de sens que par rapport à l'être suprême.
L'être suprême ordonne et endigue.
La lettre obéit et exécute.
Les deux se cherchent.
La transcendance subjugue la lettre, mais en est par ailleurs subjuguée : un contrat les lie.
Mais elles sont aussi contradictoires.
La transcendance est par essence répression.
La lettre combat la répression.
La lettre est liberté.
La transcendance est iniquité.
La transcendance est norme.
La lettre est violation de toute norme.
La transcendance est imitation.
La lettre est création, innovation, invention, bref c'est un jaillissement sans pareil.
La lettre est recueillement. La dénomination est absence de parole. La signification est béatitude.
Et le texte... qu'en est-il du texte ?
Le texte est mysticisme apocalyptique vers l'équilibre cosmique : là gît l'espace mystique, la communauté,
le dévoilement, la disponibilité, les lieux rituels, l'inconscient, la déraison, l'iniquité, les émois conflictuels,
la fidélité, la justice, l'identité, l'unité de l'être.
Je vous convie à venir fêter avec moi les coloris, les formes, les volumes, les dimensions.

Cette fête est toute à vous. C'est ainsi que les dieux ont façonné les totems ;
Accourez, hommes de tous les temps, mettez-vous en rang et recueillez-vous.
Présentez votre parole éternelle.
Lancez l'encens par poignées sur le brasier de la lettre,
Puis redressez-vous vers les cieux et psalmodiez les litanies.

(textes d'Ezzedine Madani, extraits de Kiteb el Alif et traduits de l'arabe par Hamadi Dlimi)

Remerciements à Nja Mahdaoui et Molka Mahdaoui.