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• Syrie

Église syriaque orthodoxe d'Alep

> Ensemble Qawqawya, direction, Nouri Iskandar

25 et 26 mars 2003
Maison des Cultures du Monde
101 boulevard Raspail - 75006 Paris

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Avec l'Ensemble Qawqawya
Direction musicale Iskandar, Nouri
Omran Noma ; Orsho Dima ; Wartan Samir ; Toutounji Georges

L'Église syriaque orthodoxe fait partie d'une communauté d'Églises chrétiennes indépendantes qui naquirent en Orient à la suite de la séparation d'avec l'Église d'Occident. À partir du Ve siècle, et jusqu'au VIIe, des querelles religieuses provoquèrent des scissions continuelles dans l'Église d'Orient, et certaines Églises changèrent de rite. C'est ainsi que le patriarcat d'Antioche, la majeure partie du patriarcat d'Alexandrie, les patriarches d'Éthiopie et d'Arménie remirent en question la profession de foi orthodoxe du Concile de Chalcédoine (451) en clamant la seule nature divine de Jésus (monophysisme). En Syrie, en Égypte, en Arménie, la thèse monophysite devint dominante et le schisme consommé en 600 eut pour résultat la création des Églises jacobite (syriaque), copte et arménienne.
La musique de l'Eglise syriaque orthodoxe est vocale et sa langue liturgique est le syriaque. Langue très ancienne, il s'agit d'un dialecte tardif de l'araméen (la langue parlée par le Christ). Le syriaque est toujours parlé de nos jours, tant à l'extérieur qu'au sein de l'Église. Se reconnaissant comme descendants des anciens Assyriens, ils vivent en Mésopotamie, à l'est de la Turquie, en Irak, en Syrie, au Liban et en Iran. Parmi les savants syriaques qui exercèrent une influence durable sur le monde chrétien, on peut citer Saint-Ephraïm (306-373), Jacob de Serugh (451-521), Saint Sévère, patriarche d'Antioche (mort en 538), Jacob d'Edesse (mort en 708) et Bar Hebraeus (mort en 1286). Saint Ephraïm a composé un nombre très important de cantiques et de liturgies.
Comme c'est le cas dans toutes les Églises d'Orient, la messe dominicale domine la vie spirituelle et religieuse des fidèles. Elle est célébrée par le prêtre qui se tient auprès de l'autel tandis que les diacres, placés en deux groupes ou plus exactement en deux choeurs de chaque côté de l'autel, chantent alternativement (antiphonalement) tout en assistant le prêtre dans la célébration de la messe. La messe ellemême se déroule comme un drame liturgique conçu en une forme musicale continue dont les parties, accolées, coulent sans interruption, à l'exception des prières silencieuses précédant la communion et la prédication. Le prêtre représente le Christ, les diacres : les anges, tandis que l'autel symbolise la crypte du Christ et que le parfum intense de l'encens est censé être l'odeur méphitique du péché. Le style musical dans lequel les cantiques et les litanies sont chantés lors des services des principales fêtes associées aux jours saints, varie selon les diverses traditions régionales : Amir (aujourd'hui Diyarbak—r), Edesse (aujourd'hui Urfa), Mardin et Tur Abidin en Turquie, ou encore plus à l'est : Takrit et Mossoul en Irak. La communauté d'Alep, très importante, relève de la tradition syriaque occidentale, c'està- dire celles de Mardin et d'Edesse (Urfa) que l'on appelle aussi Église syriaque orthodoxe d'Antioche.
Le chant syriaque est fondé sur huit modes ecclésiastiques ou qinto dont la structure modale est caractérisée par une forme improvisée unique, qui s'est transmise oralement depuis le IVe siècle. Ces modes sont : qadmoyo ( p remier mode), thnanoyo (deuxième mode), thlithoyo (troisième mode), rbi'oyo (quatrième mode), hmishoyo (cinquième mode), shtithoyo (sixième mode), shbi'oyo (septième mode), thminoyo (huitième mode). Le choix d'un qinto pour le service obéit au principe suivant : si le prêtre décide d'utiliser qadmoyo ( p remier mode) le dimanche, il doit choisir hmis - hoyo (cinqième mode) le jour suivant, et ces deux modes vont alterner les jours suivants pendant toute la semaine, puis la semaine suivante, les deuxième et sixième modes également en alternance, puis la troisième semaine les troisième et septième modes, enfin les quatrième et huitième modes pendant la quatrième semaine.
Ce cycle ne connaît d'exceptions que certains dimanches ou jours de fête (Rameaux, Carême...) pour lesquels l'un des huit modes est obligatoire. Ce système impose au prêtre d'avoir une parfaite connaissance des textes chantés dans les huit modes, connaissance qui s'applique non seulement à la messe dominicale mais aussi aux sept autres services quotidiens.
Le répert o i re, extrêmement riche, comprend des psaumes, des cantiques de louanges, des prières, des suppliques, des litanies, etc. qui furent composés par les saints et les Pères de l'Église depuis le IVe siècle. À cela s'ajoute l'improvisation vocale en solo, pour les chants de louanges, les litanies, etc.
Les textes des chants sacrés ont été compilés dans plus de vingt livres liturgiques qui comptent notamment une collection complète de cantiques. Les textes des prières sont contenus dans quinze livres liturgiques, dont le shkhimo ou livre des offices pour les jours de la semaine, le livre de la Sainte Messe, le fanqith ou livre de prières pour l'année (dimanches, jours saints...) et le livre betkaz (trésor des mélodies), collection complète de chants ecclésiastiques.
L'ensemble Qawqawya est composé de jeunes chanteurs et chanteuses laïcs dont plusieurs sont des membres des églises syriaques orthodoxes d'Alep, notamment Saint-Éphraïm et Saint-Georges ; deux d'entre eux, Georges Toutounji et Samir Wartan, y occupent d'ailleurs les fonctions de diacres. Le nom de cet ensemble fait référence à l'association des potiers qui joua autrefois à Édesse (Urfa) un rôle important dans la tradition syriaque et fut à l'origine de nombreux chants liturgiques. L'ensemble Qawqawya est dirigé par Nouri Iskandar. Musicologue, compositeur et directeur du Conservatoire arabe de musique d'Alep, Nouri Iskandar travaille depuis plus de trente ans sur le chant syriaque et a publié pour le compte du patriarcat d'Alep les transcriptions musicales de tout le corpus de cette tradition religieuse.

Pierre Bois

PROGRAMME
> I. Chants du grand Carême (shbi'oyo, septième mode)
1. Madrosho qum fawlos, cantique de repentir : "Ô Seigneur, ouvre-moi ta porte pleine de grâces, comme tu l'ouvris à la pécheresse. Accepte mes larmes et pardonne mes péchés..."
2. Qolo : "Lathumu dhai monuto".
3. B'utho : 6 suppliques de Saint Jacob.
4. B'utho : 7 suppliques de Saint Ephraïm.
5. Psaumes 91 et 21.
6. Tishmishto : 5 prières à la Vierge.
7. Tishmishto : 4 prières aux saints martyrs.
8. Takhshifto, supplique (Samir Wartan, chant solo).

> II. Sélection de chants liturgiques
1. Takhshifto, supplique (Noma Omran, chant solo).
2. Cantiques d'actions de grâces.
3. Takhshifto, Histoire de Joseph (Dima Orsho, chant solo).
4. Cantiques d'actions de grâces.
5. B'utho : supplique de Saint Jacques.
6. Takhshifto chanté avant la préparation de l'eucharistie (Samir Wartan, chant solo).
7. Cantique chanté pendant la préparation de l'eucharistie.
8. B'utho : suppliques de Saint Ephraïm.
9. Takhshifto, supplique (Samir Wartan, chant solo).

> III. Prières du soir (rbi'oyo, quatrième mode)
1. Alleluiah des grandes fêtes (chant solo, Georges Toutounji)
2. Extraits de l'office des morts.
3. Takhshifto, supplique tirée du livre des offices pour les jours de la semaine Shkhimo
(Dima Orsho, chant solo).
4. Cantique du Jeudi saint (Dima Orsho, chant solo).
5. Psaumes 91 et 21 (sur une autre mélodie).
6. Profession de foi (Samir Wartan, chant solo)

> IV. Chants du Vendredi saint
1. Six petits cantiques ferde.
2. Takhshifto, "Akh Tagore..." : Comme des marchands, les martyrs entrèrent dans la bataille. Ils versèrent leur sang pour gagner la richesse spirituelle, à la manière d'habiles mar - chands. Ils échangèrent leurs vies contre la mort, préférant le tourment au repos..."
3. Variations sur la mélodie qum fawlos.

> À écouter
ÉGLISE SYRIAQUE ORTHODOXE D'ANTIOCHE
Chants liturgiques du Carême et du Vendredi Saint
Membres des choeurs des Eglises St-Georges et St-Ephraïm d'Alep, dir. Nouri Iskandar
CD INEDIT W260072