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• Projection • Mexique

EL AUTOMOVIL GRIS

> film classique muet d'Enrique Rosas (1919)

30 et 31 mars 2004 à 20h30
1er avril 2004 à 20h30
Maison des Cultures du Monde
101 boulevard Raspail - 75006 Paris

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Interprété dans le style du benshi japonais
par le Teatro de Ciertos Habitantes.
Mise en scène, Claudio Valdés Kuri

On sait bien qu’au théâtre, dans cet espace magique, tout peut arriver. Les lois du théâtre ont été inventées pour être transgressées, pour pouvoir jouer avec elles ; et le langage scénique, pour être sans cesse rénové. On ne doit donc pas s’étonner si, au lever du rideau, on se retrouve face à un énorme écran de cinéma, où l’on verra les péripéties d’un célèbre gang de bandits qui sévirent dans la ville de Mexico au début du XXe siècle.

On ne s’étonnera pas davantage que l’histoire nous soit racontée en japonais, en espagnol ou en français. Après tout, les ressources du théâtre sont infinies et, si l’on peut dire, les bonnes histoires vont au-delà des frontières du langage, voire du langage théâtral. La véritable surprise réside dans la facilité avec laquelle cette histoire nous tient en haleine grâce à un montage original et amusant.

L’Automobile grise est non seulement le titre du plus important film muet du cinéma mexicain, mais c'est aussi le nom de ce spectacle qui, sous la direction de Claudio Valdés Kuri, récupère le film et l’introduit avec finesse dans le thème central d’une rencontre entre des géographies distantes de la pensée. En bref, la rencontre de la mythique dualité : Occident-Orient.

Le cinéma muet appartient aujourd’hui à un passé révolu. Toutefois, nous nous rappelons encore qu’à cette époque les films étaient accompagnés par un pianiste qui suivait de près les épisodes et créait ainsi différentes atmosphères dramatiques.

Par ailleurs, en Orient, la musique d’accompagnement est devenue un art en lui-même. C’est ainsi qu’apparut la figure du benshi, fruit de la délicatesse et de l’inventivité japonaises. Grâce à ce narrateur qui incarnait les différents personnages, non seulement le cinéma échappait au silence mais il se rapprochait également des domaines du théâtre. La dramatisation constituait un spectacle à part entière et les Japonais allaient plus volontiers au cinéma pour les benshis que pour les films eux-mêmes.

L’Automobile grise est donc un hybride culturel ; un projet qui marque la naissance du benshi au Mexique à travers l’interprétation d’un classique mexicain, dont l’anecdote, comme on annonce à sa sortie, « se déroule dans les lieux mêmes qui furent le théâtre des événements qui constituent l’argument du film ». Ils reviennent maintenant sur une scène de théâtre par le truchement d’une actrice japonaise, d'un acteur mexicain et d’une pianiste, afin de parachever le mélange des cultures.

Détectives, bandits, victimes : mille voix. Des situations dangereuses deviennent cocasses grâce à la nature du cinema muet et au jeu magistral des acteurs. À la fin, le jeu est porté à son paroxysme : on assiste à un concert de voix et de langages divers qui, tout en tissant la trame de la pièce, nous renvoient à l’espace magique du théâtre.

Les bonnes histoires, disions-nous, vont au-delà des frontières du langage, mais aussi au-delà du temps et de l’espace. L’Automobile grise est, dans ce sens, une bonne histoire. C’est également une proposition résolument contemporaine, susceptible d’être appréciée par tous les amateurs de théâtre intelligent et audacieux.

Mercedes Iturbe