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• Afghanistan

Ensemble Kaboul

> avec la participation exceptionnelle de Mahwash

Mercredi 4 avril 2002 à 20h30
Théâtre équestre Zingaro
176 avenue Jean Jaurès
93300 Aubervilliers

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Avec Mahwash Ustâd ; Ensemble Kaboul ; Arman Hossein ; Arman Kaled ; Grant Paul ; Mahmud Yussof ; Arman Osman ; Chemirani Keyvan

Avec le soutien de la VILLE D'AUBERVILLIERS

Les guerres successives que traverse l'Afghanistan depuis plus de vingt ans sont en train de totalement détruire la culture millénaire de ce pays. Parmi tant d'autres domaines, la musique y est particulièrement menacée puisque pendant plusieurs années, sa pratique a été tout simplement bannie. Il en résulte une réalité à la fois tragique et paradoxale: l'Ensemble Kaboul semble bien être aujourd'hui un des rares groupes constitués au monde, sinon le seul, à encore jouer cette musique à la fois en professionnels et dans la lignée des grands maîtres traditionnels.
Pour cette occasion particulière, l'Ensemble Kaboul a invité la grande chanteuse Mahwash à se joindre à lui pour la première fois, afin qu'on n'oublie pas la voix des femmes afghanes, longtemps réduites au silence dans leur patrie.

L'Ensemble Kaboul se consacre à la musique traditionnelle afghane. Il a été fondé en 1995 à Genève, dans le cadre des Ateliers d'ethnomusicologie, par Hossein Arman, chanteur anciennement réputé en Afghanistan, aujourd'hui contraint à l'exil. À ses côtés, son fils Khaled, jeune joueur de rubâb et responsable artistique de l'ensemble, et son cousin Osman, flûtiste d'une grande sensibilité, constituent avec lui le "noyau dur" de l'ensemble. Afin de perpétuer et de développer leur art dans le contexte de l'émigration, ces trois musiciens se sont assuré la participation des meilleurs spécialistes en la matière: tout d'abord Ustad Malang Nedjrabi, le grand maître du tambour zirbaghali aujourd'hui décédé; puis Yusuf Mahmood, descendant de la plus prestigieuse lignée afghane de joueurs de tabla; et enfin Paul Grant, d'origine américaine, qui réintroduit ici l'usage du santûr, un instrument à cordes frappées qui avait disparu de la pratique musicale afghane.
Pays multi-ethnique, l'Afghanistan offre une grande diversité musicale, dont l'Ensemble Kaboul présente une véritable mosaïque haute en couleurs et en émotions. Son répertoire comporte des chants d'amour, de fête, de mariage ainsi que de brillantes prestations instrumentales propres à mettre en valeur une palette de timbres particulièrement chatoyante. A la région de Mazar-i-Sharif, dans le nord du pays, il emprunte les mélodies aériennes et les chants inspirés des bardes tadjiks ; à Hérat, proche de la frontière iranienne, ses subtiles compositions pour le luth rubâb ; à Jalalabad et à Logar, dans le sud, leurs airs de fête extatiques ; à la capitale Kaboul enfin, certaines de ses mélodies les plus populaires.
Comme la plupart des musiques orientales, le répertoire de l'Ensemble Kaboul est basé sur un corpus traditionnel de modes mélodiques (râg) et de cycles rythmiques (tâl, parfois aussi appelés zarb). La notion de râg n'est cependant jamais très explicite dans la musique populaire afghane ; elle n'est par exemple pas aussi clairement définie que dans la tradition savante hindoustanie, et les râgs ont été déterminés, souvent par analogie, grâce à la compétence de l'ethnomusicologue John Baily. Quant aux tâl, ce sont les trois principaux de la musique afghane, soit Gedah, à 8 ou 4 temps (matra), Mogholi, à 7 temps, et Dâdrah, à 6 temps, ainsi que le classique Tîntâl, à 16 temps, de l'Inde du Nord.

La démarche de l'Ensemble Kaboul allie un profond respect du patrimoine musical afghan, y compris toutes les influences qu'il a intégrées au cours des siècles, à un certain nombre de caractéristiques qui lui sont propres. Son répertoire puise au fonds classique et populaire des différentes régions d'Afghanistan, mais l'interprétation qu'il en donne est affinée par les arrangements très soignés de Khaled, qui les transforme en de véritables joyaux, dont l'éclat illumine les mélodies et les rythmes traditionnels d'un lustre nouveau. Le "son" de l'Ensemble Kaboul se caractérise par le mélange unique entre les timbres du rubâb et du santûr, ce dernier ayant rarement été utilisé en Afghanistan, et en tous cas pas depuis plus de quarante ans. La rencontre des instruments de percussion, le tabla d'origine indienne et le zirbaghali, proche du zarb iranien et de la darbouka arabo-turque, contribue également à créer une synthèse exceptionnelle entre ces deux sphères d'influence majeures de la musique afghane.

L'Ensemble Kaboul se signale en outre par un travail remarquable en ce qui concerne la facture instrumentale: Khaled Arman a conçu un rubâb dont le manche est pourvu de frettes supplémentaires, qui donne à son registre aigu une clarté de timbre et une précision optimales; Paul Grant a, pour sa part, conçu et réalisé un santûr chromatique permettant de produire tous les tons des mélodies afghanes.
Pour la première fois, l'Ensemble Kaboul a invité la grande chanteuse Mahwash à se joindre à lui. Chanteuse très réputéedès les années60 et 70, Mahwash possède un répertoire immense.

Hossein Arman, chanteur, fut un des pionniers du renouveau de la chanson afghane dans les années cinquante et soixante ; en tant que tel, il a réalisé d'innombrables enregistrements diffusés dans tout le pays et à l'étranger. Il connaît des centaines de chansons traditionnelles, qui constituent la base du répertoire de l'ensemble. D'une sincérité absolue, sa voix est reconnaissable à son grain particulièrement chaleureux et émouvant.

Khaled Arman, rubâb, est un musicien hors pair, qui a reçu une triple formation musicale : traditionnelle afghane par son père et l'environnement de son enfance, indienne par le sérieux avec lequel il aborde depuis quelques années le répertoire hindoustani, et enfin occidentale par sa profonde connaissance théorique et pratique de la tradition classique européenne. Après avoir été guitariste de l'orchestre de Radio-Kaboul, il poursuit ses études musicales à Prague, puis à Paris, où il obtient le Premier Prix du Concours international de guitare de Radio-France. Outre la pratique instrumentale, il est également compositeur de musique électroacoustique. Avec l'Ensemble Kaboul, il retourne à ses sources, sans aucune concession esthétique à son parcours occidental. Il a développé la technique et la musicalité du rûbab à un haut degré de perfection, prenant pour modèle le jeu du sarod indo-pakistanais, lui-même descendant en droite ligne de l'ancien rubâb afghan. Traditionnellement, les joueurs de rubâb n'utilisent en effet que la partie inférieure du manche, pourvue de trois ou quatre ligatures de boyau. Ses possibilités expressives sont ainsi limitées par le faible ambitus de l'instrument. Afin de les développer, Khaled a ajouté des frettes sur toute la longueur du manche, ce qui lui permet de gagner une octave sur chaque corde.

Osman Arman élevé dans cette famille de musiciens, est venu tout naturellement à jouer du tulak, la flûte traversière de bambou. Ses solos sont typiques du jeu traditionnel afghan et en démontrent l'esthétique particuliière ainsi que les ramifications régionales.

Paul Grant, santûr, est un des rares musiciens occidentaux à avoir atteint un haut degré de virtuosité dans la pratique des musiques savantes indienne et iranienne. Il enseigne d'ailleurs le santûr aux Ateliers d'ethnomusicologie de Genève.

Yussuf Mahmood, tabla, maîtrise aussi bien le style classique indien que la musique populaire afghane. Sa virtuosité et sa souplesse en font un excellent musicien, soliste ou accompagnateur.

Keyvan Chemirani est le digne fils du célèbre percussionniste iranien Djamchid Chemirani. Il maîtrise avec un égal bonheur le tambour classique persan zarb ou tombak et les grands tambours sur cadre daf utilisés dans les concerts dévotionnels ou soufis. Il vit en France où il participe à de nombreux concerts avec des musiciens iraniens, orientaux voire occidentaux.

Laurent Aubert

> À écouter
Ensemble Kaboul, Nastaran. Disques Arion / collection Ethnomad ARN 64543 distribution Night & Day.

Remerciements à Monsieur Jack Ralite, sénateur-maire d'Aubervilliers, à Bartabas et l'équipe du Théâtre Équestre Zingaro , à Monsieur Laurent Aubert, directeur des Ateliers d'Ethnomusicologie (Genève).