Vous êtes ici

• Cap-Vert

Le Batuco de l'île de Santiago

> Batucadeiras de Rincón

18 et 19 mars 2003
Maison des Cultures du Monde
101 boulevard Raspail - 75006 Paris

Partager

Batuque ou batuco viendrait d'un terme africain ba-tuk qui signifierait frapper.
Au Cap Vert, et particulièrement dans l'île de Santiago, le batuco est exécuté surtout par des femmes. Le batuco retenu pour le septième Festival de l'Imaginaire est celui rencontré à Assomada, après le marché du samedi. Il s'agit du batuco de Rincón, un village de pêcheurs de la côte nord-ouest de l'île de Santiago.
Deux objets sont indispensables à l'exécution du batuco : le pano et la mandunga. Le pano, une bande d'étoffe teinte à l'indigo et ornée de motifs de tissage en fil blanc est porté autour des hanches et sert à souligner les mouvements de la danse. La mandunga (oreiller) est un instrument de percussion composé d'une boule de chiffons serrés, enveloppés dans une étoffe ou dans du plastique. Une fois assises, les femmes placent la mandunga entre leurs cuisses et commencent à frapper du plat de leurs mains en polyrythmie.
Le batuco se compose de trois éléments indissociables, le rythme, le chant et la danse.
Le rythme, presque toujours ternaire, peut ralentir et devenir lancinant si le morceau exécuté est destiné à des funérailles ou à l'anniversaire d'une mort. En revanche, pour un mariage ou pour une fête, il se fait vif et joyeux. Au signal de l'une d'elles, les femmes frappent un rythme énergique, qui commence en général, les séances.
Le chant, toujours entonné par une soliste, est repris par le choeur. La soliste est une véritable mémoire du village. Elle répète, par son chant, les faits marquants et les dates. Elle chante d'une voix forte et tendue, des paroles qui surprennent ou font rire. En effet, au cours d'une séance de batuco, les femmes exécutent un finaçon. Il s'agit d'une improvisation à caractère satirique ou revendicatif. Leur verve se tourne, la plupart du temps, contre les hommes. Les femmes des îles restent seules tandis que leur mari est en mer ou qu'il part travailler sur le continent africain, ou au Portugal et d'autres pays européens. Les critiques portent sur l'alcool, qui prend les hommes et les détourne de leur famille. La grogue ou alcool de canne très fort, reste relativement bon marché. Les hommes oublient d'envoyer de l'argent. Une fois le dos tourné, ils effacent leur compagne de leur mémoire. Ils ne reconnaissent que très rarement leurs enfants et souvent battent ou maltraitent leur mère. Ils sont sales, négligents, paresseux, brutaux etc. Le finaçon, très attendu par les gens du village, équivaut à un règlement de compte en public, suivi d'impunité. Sa fonction consiste "à laver l'esprit". Si une femme se fait particulièrement remarquer dans son improvisation textuelle et mélodique du finaçon, elle peut devenir la nouvelle soliste du groupe ou fonder un nouveau groupe, elle-même.
La danse qui fait intervenir plus particulièrement la taille et les hanches doit répondre à certains critères. Sans jamais frôler la vulgarité ou l'obscénité, elle doit pourtant rester suggestive et montrer à quel point ces femmes seules éprouvent la nostalgie du corps de l'homme et de ses étreintes. Presque tous les mouvements portent des noms. Ainsi le torno caractérise les oscillations rythmiques et séparées des fesses. La danse se pratique souvent en solo et les femmes ceignent leur bassin avec le pano pour souligner l'ampleur des balancements. Il arrive, que saisies par le rythme et l'inspiration de la danseuse au centre du cercle, plusieurs de ses compagnes se joignent à elles.

FRANÇOISE GRÜND

1. Mokeru mufinu. Ivrogne couille-molle
Couille-molle
Les ivrognes ne sont bons à rien
Même pour faire des enfants
Arsouille, poivrot, même au lit
T'es un bon à rien
Les ivrognes quand ils rentrent pompette
Même au lit ils sont inutiles
Trinquer pour des ivrognes
Ivrogne !
Tu n'es même pas capable de faire un enfant.

2. Droga. Drogue.
Nous voici réunis
Tu as l'habitude
De boire du grogue
Tu as le courage
De fumer de la drogue
Si tu n'avais pas cette habitude
Tu n'aurais pas de Toyota
Tu as le courage de boire du grogue
Tu as l'habitude de fumer de la drogue
Si tu ne cesses de faire la noce
Le Sida tue

3. Pai di nha mininu. Le Père de mon enfant.
Femmes du Cap Vert
Vous ne savez le mal dont j'ai souffert
Le père de mon enfant a quitté la France
Il a nié la paternité de mon enfant
Mais j'irai chez le docteur
Faire des analyses
Pour trouver le père de mon enfant
Jeunes de mon quartier
Quand vous irez à Cidade Velha
Ne montez pas dans la Celica
Ne montez pas dans la Patrol
Ne roulez pas avec les émigrants
Parce que les émigrants
Qui viennent de loin
Sont le venin du Cap Vert
Faut pas monter dans le Hiace 75-Fi
Faut pas monter dans la Toyota 64-BG
Parce que le père de mon enfant
Est un venin pour le Cap Vert

4. N'ta trabu di nha nomi. Je te bannirai de mon existence.
Le père de mon enfant
Est un lâche
Pourquoi quand tu fais un enfant
Tu renies ta paternité
C'est pourquoi je te traîne devant le tribunal
Pour que le juge nous envoie chez le docteur
Pour que tu ailles reconnaître mon enfant
Le père de mon enfant
Je vais prendre un avocat
Pour qu'il te raye de ma vie
Mon enfant est sans père
Mais le juge t'obligera à le reconnaître
Alors je te bannirai de mon existence

5. Jinibeba Pontai Cruz.
Tu dis que tu ne connais pas la maison du marabout
C'est à cause de ça que tu es une femme perdue
Jinibeba de Chã de Tanki
C'est à cause de la haine et de l'envie
Que tu es une femme perdue
Tu voulais tout de ta mère
Tu pensais qu'elle était comme une seconde épouse
Tu es allé l'envoûter chez le féticheur
Pour la brouiller avec son mari
Mais tu t'es perdu
Pour des histoires de choux
Tu t'es perdu
Pour l'argent de sa retraite
Tu t'es perdu

6. Nos tudu nu ta mori. Nous mourrons tous.
Oh! l'Ancien
Qui passe ta vie là-haut assis sur la montagne
Seulement pour enregistrer le nom des gens
Pour les envoyer au diable vauvert
Quand arrivera le jour
Tu m'emmèneras au fond de la mer
Tu as prononcé ma mort
Mais nous mourrons tous
Moi je suis le père de cinq enfants
J'ai abandonné ma maison
J'ai abandonné ma femme
J'ai fui la mort
Je suis parti habiter à Kadjeta
Mais lorsque la mort est venue me prendre
J'ai pensé à la vie de mes enfants
J'ai pensé à la vie de ma mère
Mais j'ai dit à ma mère
De ne pas se faire de soucis
Car nous mourrons tous

7. Batuku, tradison di terra. Batuco, tradition du pays.
C'est quoi mon fils
Qui te fait pleurer ?
Qui te rend si triste ?
Mère c'est le batuco que je demande
Parce que le batuco est la foi de mon âme

8. Nu manda tchomadu. On a envoyé des gens nous chercher.
C'est Higino avec Madame Gründ
Qui ont envoyé des gens nous chercher
Pour participer au festival
On est allé chercher le maire
Mais attention Monsieur le maire
Ne perdez pas votre siège !
Higino avec Madame Gründ
Ont tout préparé
Pour les 18 et 19 seulement
Pour que l'on vienne nous écouter
Higino et Madame Gründ
Sont à l'honneur.

9. Dificuldade. Difficulté.
Ce n'est pas la peine de pleurer sur les abus des hommes.

10. Bu tomam nha marido. Tu m'as pris mon mari.
...Tu m'as pris mon mari,
Je ferai tout pour le récupérer...

11. Tropa de São Vicente. Soldat à São Vicente.
Ce chant raconte l'histoire d'un homme parti faire son service militaire dans l'île de São Vicente, comme cela se passait autrefois, du temps de la colonisation.

12. Pari ku mufinu. J'ai fait un enfant avec un lâche.
...J'ai fait un enfant avec un lâche.
Il est parti.
Mais à cause de la famille,
S'il revient,
Je devrai l'accepter...

Solistes
Onilda Tavares (responsable du groupe)
Maria Semedo Mascarenhas
Alcinda Fidalgo Gonçalves

Choeur
Ana Maria Moreira Pereira
Domingas Tavares Moreira
Maria da Luz de Horta
Maria de Fatima Lopes Gomes
Maria Tereza Dias Varela
Alfredo Gonçalves
Pedro Gonçalves

Remerciements à Madame Françoise Gründ, Monsieur Jean-Michel Massa et Monsieur Higino Semeno Fernandes.