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Les Pleureuses de Colombie

> Les Joyeuses Ambulances "Guali et Alabaos" de Guapi

13 et 14 mars 2006 à 20h30
Maison des Cultures du Monde
101 boulevard Raspail - 75006 Paris

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La Colombie est un creuset de différentes cultures résultant notamment de la rencontre entre la civilisation espagnole colonisatrice et l’héritage africain, apporté par les esclaves à l’époque de la traite des Noirs et réélaboré par leurs descendants en quête d’identité. On évoque souvent la diversité des danses et la richesse de la tradition musicale de la Colombie pour illustrer ce métissage. Les rites funéraires eux-mêmes, que ce soient ceux des communautés afro-colombiennes du littoral Pacifique ou encore ceux du nord du pays, combinent des éléments provenant d’origines diverses, témoignant de la vigueur du legs africain et de sa faculté à resserrer les liens communautaires. Pour sa dixième édition, le Festival de l’Imaginaire poursuit son exploration des musiques de Colombie en présentant au cours d’un même concert deux groupes de Pleureuses qui interprèteront des chants, joyeux, pour les morts. Les Pleureuses de Guapi présenteront en première partie du concert un guali et des alabaos. Dans une deuxième partie, le groupe des Joyeuses Ambulances (Las Alegres Ambulancias) interprétera un lumbalu.

Dans la culture de la côte Pacifique, élaborée au fil du temps par les descendants des esclaves, la mort d’un adulte et celle d’un enfant n’ont pas la même signification. La mort d’un enfant est une joie puisqu’on considère que c’est l’occasion pour un ange de rejoindre ses semblables au ciel. La mort d’un adulte, au contraire, cause beaucoup de douleur par le vide qu’elle laisse dans la communauté. À ces deux types de relation à la mort correspondent deux rituels funéraires différents. À la mort d’un enfant, on célèbre un guali qui se doit d’être joyeux. Les larmes, en effet, inonderaient l’enfant et en l’alourdissant empêcheraient son ascension. Seule la mère peut donner libre cours à sa douleur. Le rite commence par un chant qui demande l’autorisation d’ouvrir la cérémonie, puis les romances alternent avec des rondes où les parrains sortent l’enfant de son cercueil pour danser avec lui. Les paroles ont généralement un contenu érotique. À la mort d’un adulte sont célébrés des alabaos (du mot alabanza, louange), chants de louanges polyphoniques a capella. Les alabaos expriment la douleur et racontent parfois la vie du défunt. À cinq heures du matin, lorsque le rite s’achève, les chants accompagnent l’âme dans son ultime voyage. Les règles de versification des alabaos sont héritées des formes poétiques traditionnelles espagnoles comme la romance.

Les Joyeuses Ambulances (Las Alegres Ambulancias) nous invitent à quitter la côte Pacifique pour la côte Caraïbe, à une cinquantaine de kilomètres de Carthagène.

C’est là que, fuyant l’esclavage, un roi africain nommé Benkos Bioho est parvenu à fonder, au début du XVIIe siècle, la première communauté libre habitée par des esclaves fugitifs : le Palenque de San Basilio. Le terme de palenque désigne le lieu où vivaient des «marrons» à l’époque coloniale. Au cours de leurs quatre siècles d’existence, les Palenqueros ont développé une culture unique. Non seulement le Palenque de San Basilio est l’un des principaux foyers de la diversité musicale de la région Caraïbe de Colombie, mais il est aussi avec les Philippines le seul lieu d’expression d’un créole à base hispanique. Une autre spécificité du palenque est la cérémonie du lumbalu, rite funèbre d’origine bantoue qui regroupe des chants de femmes, des danses et des percussions aux rythmes d’une grande complexité. Pour cette veillée funèbre, on prépare un petit autel sur lequel sont placées des statuettes ou des images de la vierge et des saints. Les chants créoles se mêlent aux prières catholiques en espagnol et à l’invocation des dieux en bantou. Ce rituel, qui permet à la lamentation personnelle et à la douleur intime de trouver une forme d’expression collective, favorise la cohésion de la communauté et met en avant le rôle des femmes, auxquelles est dévolu le déroulement entier de la cérémonie.

Gloria Triana

Première partie « Guali y alabaos » de Guapi
Margarita Campas de Grueso/Gladys Beatriz Bazan/Maria Juana Angulo
Ana Francisca Hernandez Montaño/Carlina Andrade Bonilla/Ruth Marien Valencia

Deuxième partie Le Lumbalu du Palenque de San Basilio
Avec Les Joyeuses Ambulances :
Dolores Selina Salgado/Graciela Salgado/Celina Padilla de Salgado/Emelina Reyes/Teresa Reyes/Tomás Teherán/Benicio Torres

Le 25 novembre 2005, l’espace culturel du Palenque de San Basilio a été classé avec 42 autres régions et formes artistiques parmi les chefs d’oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité lors de 3e proclamation faite par l’UNESCO.