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• Mayotte / France

RITE DE POSSESSION HICHIMA

> Un cadeau aux génies Patrosi

2 et 3 avril 2004 à 20h30
4 avril 2004 à 17h00
Théâtre Équestre Zingaro
176 avenue Jean Jaurès
93300 Aubervilliers

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Sous la direction du fundi Attoumani Abdallah Djaha

Comme tout spectateur mahorais, profitons de ce Hichima ("le cadeau") organisé en l’honneur des djini ("les génies"). Que les tambours battent, que les volutes d’encens montent, que le parfum coule à flots, que les mélopées nous envoûtent : le goût du sucré et de la fête doit amener les djini anthropomorphes Blancs et Rouges à quitter leurs villages invisibles nichés au coeur des mangroves pour venir s’incarner dans les initiés et apporter un peu de la force de vie et de chance qu’ils véhiculent.

À Mayotte les croyances relatives aux djini restent très vivantes et les cultes de possession étonnamment dynamiques. Pas moins de neuf catégories d’esprits hantent le monde des humains, justifiant l’existence d’autant de rituels spécifiques. Cette profusion découle de l’extraordinaire brassage des cultures qui singularise cette île-carrefour située dans le Canal du Mozambique sur les routes de l’Afrique, de l’Arabie et de l’Inde.

Les génies patrosi ressortissent, eux, du culte Ngoma (du nom des tambours) et témoignent de la profonde influence africaine. Le Ngoma mahorais se range dans la famille de ces "rituels d’affliction" bien connus dans toute l’aire bantoue qui visent à transformer une entité obscure qui agresse et tourmente en un allié nommé qui protège et guérit.

Mais aujourd’hui l’heure n’est ni à l’affliction ni à la cure. Questionné sur l’opportunité d’effectuer un Hichima en public, le fundi ma djini ("le maître des esprits") Attoumani m’a renvoyé à Zabi, son principal génie. Et celui-ci, au cours d’un rituel de possession, de rire de mon inquiétude : "Nous les djini on répond toujours à une telle invitation ! Nous aimons danser et chanter, boire le Pompéïa (l’eau de Cologne) qu’on nous donne. Qu’importe l’assistance pourvu qu’on nous honore et qu’on nous réjouisse".

De fait les règles rituelles à respecter sont simples : ne pas être assis plus haut que les esprits, veiller à l’abondance des nourritures offertes (pop-corn, gâteaux de riz, jus de coco), s’être assuré du talent des musiciens. Mais le plus essentiel reste la participation active à cette véritable fête hédoniste : encourager les djini à monter par des battements de mains, stimuler ensuite leur ardeur par de joyeux "Ochocho !" d’encouragement. Et ne pas hésiter à les interpeller lorsqu’ils viennent serrer les mains dans le public. À Mayotte les spectateurs tirent toujours profit du rituel pour solliciter le don divinatoire de Zabi, dont la canne symbolise le grand pouvoir magico-thérapeutique, ou d’Afrit le vénérable vieillard, ou encore de Djalud dont les messages sont toujours facétieux.

Oui, que les musiciens se dépensent sans compter, que le Pompéïa circule copieusement, que la danse soit endiablée. Pour la plus grande joie des esprits et... pour notre plus grand bénéfice, à nous, les humains

Bertrand Hell