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Rituels afro-brésiliens. Candomblé de Angola. Candomblé de Caboclos. Terreiro Tumba Junçara, Salvador de Bahia

5 avril 2002 CANDOMBLÉ DE CABOCLOS
6 et 7 avril 2002 CANDOMBLÉ DE ANGOLA
Théâtre équestre Zingaro
176 avenue Jean Jaurès
93 300 Aubervilliers

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Iraildes Maria da Cunha, mère de saint.
Esmeraldo Emetério de Santana Filho, alabê (tambour principal).
Laércio Messias do Sacramento, Raimundo Alberto Sousa Dantas, Edmilson Amorim dos Santos, Ednalda Evangelista Ferreira dos Santos, Marcelino Marques da Silva, Roselene Brito Oliveira, Elza Maria Santana, Maria das Dores Santana, Jacira Bispo dos Santos, Raimundo Braga Santana de Lima, Creuza Moreira Santos, Carlos Augusto Pereira dos Santos, Anita de Jesus Costa.

Candomblé est le terme utilisé dans l'État de Bahia, au nord-est du Brésil, pour désigner les groupes religieux présentant un ensemble de pratiques rituelles originaires d'Afrique de l'Ouest. Aujourd'hui, plus de 400 ans après l'arrivée des premiers esclaves, et en dépit du métissage racial et culturel qui caractérise la société bahianaise, subsistent encore à Bahia trois principales nations : Ketu, Jêje et Angola. Objet de prohibition et de répression jusqu'en 1976, le candomblé est rapidement passé de la clandestinité à une certaine reconnaissance institutionnelle. Chaque terreiro organise un cycle annuel de "fêtes" publiques destiné à célébrer les principales divinités du panthéon.
Le Festival de l'Imaginaire accueille, pendant trois soirées exceptionnelles, les membres du Tumba Junçara, l'un des plus anciens terreiros de tradition Angola du Brésil. Ces quinze initiés ont, pour la première fois, accepté de quitter Salvador de Bahia pour présenter trois cérémonies de candomblé.

La tradition Angola
Les esclaves amenés au Brésil par les Portugais dès le début du XVIIe siècle étaient originaires des côtes du Congo et de l'Angola, appartenant tous au groupe linguistique bantou. Selon Luís Viana Filho, historien du trafic négrier, "Les Bantous furent les premiers Noirs exportés à grande échelle vers Bahia et y laissèrent de manière indélébile les marques de leur culture. Ils influencèrent puissamment la langue, la religion, le folklore et lescoutumes" (Viana Filho, 1988).
Le candomblé Angola possède, aujourd'hui encore, une langue, des chants et des formules rythmiques tout à fait caractéristiques. Cette tradition demeure pourtant méconnue. Valdina Pinto, membre d'un terreiro Angola, donne de sa nation la définition suivante : "Ce que nous appelons aujourd'hui candomblé de nation Angola est un ensemble de croyances, de rites et de pratiques recréés et réorganisés où prédominent des traits culturels originaires de régions africaines qui, aux XVe et XVIe siècles, appartenaient au royaume du Congo. (...) La "langue d'Angola", autrement dit la langue du candomblé de nation Angola,vest un assemblage de termes provenant principalement des langues kikongo et kimbundu, maisvaussi probablement de leurs différents dialectes ainsi que de fragments d'autres langues bantoues. Cette langue est contenue dans les prières, les chants rituels, le vocabulaire et les expressions utilisées".
Constituée d'un vaste répertoire de chants, accompagnés de rythmes joués par trois tambours (atabaques) et une cloche métallique (agogô ou ga), la musique ordonne et structure tout le déroulement des cérémonies rituelles. 

Elle est pour cette raison indissociable de son contexte et de ses fonctions liturgiques. Aux yeux des adeptes, la musique est indispensable à l'établissement de liens entre le monde des humains et celui des divinités, en d'autres termes au déclenchement puis à la conduite de la possession.
La musique se situe par conséquent au coeur d'un système qui met en action les représentations symboliques, spirituelles et religieuses de toute la communauté.
Chants, rythmes et danses participent du même discours symbolique, celui d'un "théâtre sacré" où, par une extraordinaire alchimie des sens, chaque élément ­ musical, chorégraphique ­ se trouve transcendé par son interaction avec les autres.

La "fête" de candomblé : stéréotype d'une cérémonie
Chacune des fêtes est consacrée à une divinité particulière le dono da festa, le "patron de la fête", ce qui n'empêche pas d'autres divinités de se manifester au cours de la cérémonie.
La fête se tient dans le barracão, pièce principale du terreiro. Elle débute en général entre 21 heures et 22 heures, mais les préparatifs qui lui sont nécessairement associés commencent dès la nuit précédente. Le barracão est décoré pour l'occasion aux couleurs du dono da festa. Les tambours sont parés d'un tissu nommé ojá, dont la couleur indique la divinité à laquelle chacun d'eux est consacré. Chaque membre important de la "famille de saint" possède une place spécifique à l'intérieur du barracão.
Fidèles et visiteurs sont répartis de part et d'autre de la pièce, hommes et femmes séparés.
Les tambourinaires prennent place dans l'espace réservé aux instruments. La cérémonie peut alors commencer.

1. Appel des divinités
La première partie de la cérémonie a pour fonction de rendre hommage une à une aux différentes divinités du panthéon et de les inciter, par une succession préétablie de chants généralement appelée xirê, à se manifester dans l'espace sacré du barracão. Les initiés pénètrent en file indienne dans le barracão et dansent ensemble dans une ronde menée par la "mère de saint" ou le "père de saint", en esquissant des pas de danse et des gestes propres à chacune des divinités invoquées. Il s'agit d'une danse circulaire collective où les individualités sont estompées, ce qui, par contraste, conférera d'autant plus de force aux danses singulières des possédés. Cette fusion de l'individu dans un mouvement collectif rythmiquement organisé évoque notamment certaines techniques du dhikr soufi. C'est au terme de cette phase que les transes doivent survenir.
L'ordre interne de la ronde est déterminé par l'âge initiatique (la plus vieille initiée en tête), ou par la préséance de telle ou telle divinité. L'ordre des divinités invoquées est relativement stable. La règle veut que l'on chante trois, sept, quatorze ou vingt-et-un chants pour chacune des divinités ; celui ou celle qui mène le chant qu'il s'agisse ou non du chef de la communauté est le véritable maître de la cérémonie. Dans la nation Angola, les transes surviennent en général quasi simultanément à l'audition d'un chant spécifique destiné à cet usage, nommé cantiga de fundamento. Les initiés en transe sont alors conduits dans une autre pièce du terreiro afin d'être vêtus des parures et des insignes de leurs divinités respectives.

2. Danses des divinités
Les divinités incarnées pénètrent dans le barracão, accompagnées d'un chant destiné à les accueillir. Elles vont danser une à une parmi les fidèles, dans un climat d'exaltation collective et de ferveur communautaire. Les tambourinaires vont être particulièrement sollicités. Comme l'affirme Gisèle Cossard, spécialiste du candomblé devenue "mère de saint" à Rio de Janeiro : "La communication s'établit directement du tambour qui vibre à la divinité qui danse, du rythme au mouvement. L'un et l'autre se fondent. Les cris de joie éclatent, les pétards crépitent, une ferveur intense envahit la communauté".
Le nombre de chants attribués à chaque divinité dépend principalement de la compétence de l'initié-danseur censé incarner la divinité ; plus sa chorégraphie est appréciée et plus il sera sollicité par le chanteur principal et les tambourinaires. Il s'agit d'un moment privilégié de la cérémonie, au cours duquel se joue un enjeu essentiel du rite : la régénération et la circulation de l'axé, énergie spirituelle indispensable au culte et à la communauté. C'est notamment par leur présence charnelle parmi les hommes que les divinités transmettent cette force vitale. Lorsque toutes les divinités incarnées ont terminé de danser, le chanteur principal entonne un chant spécifique au cours duquel ces dernières vont prendre congé de l'assemblée, du chef de culte et des tambours. Sous les acclamations de l'assistance, les divinités sont reconduites au son d'un rythme spécifique, ce qui permet une dernière fois aux tambourinaires de faire preuve de leur enthousiasme et de leur virtuosité. Le rituel est terminé.

Les tambourinaires
Comme il est de coutume en Afrique Noire et dans les cultures de la diaspora africaine, la place de tambourinaire est réservée aux hommes. Les meilleurs tambourinaires sont généralement liés au culte par une longue tradition familiale. L'apprentissage se fait principalement par imprégnation : les jeunes garçons de la communauté sont incités à apprendre, en observant puis en imitant leurs aînés, les rythmes fournis par les instruments à percussion. Certains d'entre eux participent déjà activement aux cérémonies rituelles bien avant leur dixième anniversaire.
Le rythme de base est fourni par la cloche métallique à battant externe, simple (ga, terme d'origine fon) ou double (agogô, terme d'origine yoruba). Tenue dans une main, elle est percutée à l'aide d'une courte tige de métal. Dans la nation Angola, ainsi que dans les cérémonies consacrées aux caboclos, les trois tambours, appelés ngoma, sont joués à mains nues. Leur jeu fait ressortir une polyrythmie particulièrement prononcée.
L'apprentissage débute par la cloche, puis se poursuit par les trois tambours, du plus petit au plus grand (lê, rumpi puis rum). L'engouement des jeunes garçons pour la percussion est accru par le prestige particulier dont jouissent les tambourinaires, et en premier lieu l'alabê (tambourinaire principal), au sein de la communauté ; ce prestige témoigne de la place essentielle que tient la musique dans le candomblé.

Xavier Vatin

> À lire
Gisèle COSSARD, Contribution à l'étude des candomblés au Brésil. Le candomblé angola, Paris, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, 1970.
Xavier VATIN, Étude comparative de diff é rentes nations de candomblé à Bahia, Brésil, Thèse de Doctorat en Anthropologie Sociale et Ethnologie, Paris, EHESS, 2001.

> À écouter
Brésil. CANDOMBLÉ DE ANGOLA. Musique rituelle afro-brésilienne.
1 CD INEDIT W 260091
disponible sur le lieu de la cérémonie